Hot dog ou baguette ?
Il y a un truc auquel j'ai évidemment déjà pensé, c'est partir aux States. Pour me former premièrement. Pour y bosser ensuite, peut-être.
Seulement j'ai pas $100 000 à claquer dans une université et, n'en déplaise à certains, bosser pendant les études permettra
jamais d'amasser une
telle somme - ça suffirait tout juste à me crever. C'est clair que ça fait rêver d'entrer à USC, NYU, UCLA surtout quand on voit la liste des alumni (Shonda Rhymes pour les plus récents) et on se
dit qu'en sortant de là rien est impossible. Je ne cache pas non plus qu'écrire pour
30 Rock ou
Friday Night Lights m'attire infiniment plus que bosser pour
PJ ou
RIS. Ensuite, quant à aller aux States autant aller à bonne école (autrement dit, une de celles mentionnées plus haut) car si j'atteris dans un community college perdu dans la
campagne du Wisconsin c'est pas sûr que La fémis eut été un si mauvais choix. Evidemment, il y a d'autres bonnes écoles ou d'autres voies là-bas qui mènent au scénario, et heureusement puisqu'il y
a quand même un reservoir de 12 000 membres (WGA) et autant de wannabes. En France on a pas de "syndicat" officiel et obligatoire et l'UGS atteint juste les 200 inscris. Il y a un monde.
Alors pas étonnant qu'il y ait aussi un monde entre les formations. L'audiovisuel là-bas c'est une industrie majeur, ici on ose à peine parler de "secteur". Les formations sont donc dispensées en
fonction des besoins généraux dans chaque corps de métier. Je m'étonne d'ailleurs du nombre d'écoles privés de cinéma en France : trop ! Et en plus beaucoup sont des arnaques complètes d'après
plusieurs témoignages. Mais revenons à nos kebabs. En ce qui concerne le scénario, aucune formation n'assure de trouver un travail ; elle peut aider, mais ne va jamais démarcher les producteurs à
notre place ni écrire nos scripts. Le CEEA et La fémis donc (les 2 principales) sont des bonus non négligeables sur lesquels il ne faut pas cracher. Mais il me semble quand même qu'en France, les
portes sont un peu plus ouvertes aux "autres", aux indépendants, à ceux qui ont pris le train en marche, encore faut-il avoir de la chance, de la persévérance et un peu de talent. Le même phénomène
existe aux Etats-Unis aussi mais dans une moindre mesure car il est bien plus ardu pour des wannabes sans grande formation (ce qui signifie également sans beaucoup de contacts, ce qui est crucial
là-bas comme ici) de débarquer à Hollywood avec leur scripts sous le bras en espérant décrocher au plus tôt un contrat ; dans une telle industrie et avec une telle concurrence ce ne sont que des
chas d'aiguilles dans une meule de foin. Peut-être aussi est-ce une telle différence qui confère encore une certaine image d'amateurisme au scénario en France. Je sens que j'ai du mal à m'expliquer
et que je fais passer le fait de vendre un scénario en France comme plus facile. Ce n'est pas le cas, je pense juste que c'est moins très difficile (ça a un sens ?).
L'écriture de scénario n'est effectivement pas inée et il convient de s'y former. Au Etats-Unis ? En France ? Au CEEA ? A La fémis ? Ou bien en un stage de 4 semaines à la Maison du Film Court ? On
s'aperçoit que le résultat est sensiblement le même : on a appris (ou pas) à écrire un scénario dans les règles de l'art.
L'important c'est ce qu'on fait après...
Je ne suis pas sûr que suivre une formation aux USA permette de retourner brillamment en France et y trouver tout de suite le travail, le succès. Les attentes sont bien différentes, les règles
aussi.
(Pardonnez mon délire...) Si JJ Abrams était un français de souche, vous pensez qu'en revenant de ses études TF1 lui aurait permis de faire
Alias ou
Lost ? Non. Il aurait même pas
pu faire
Felicity et il aurait peut-être lui aussi terminé "au pire" sur
Louis La Brocante. Ce sont des cultures opposés : aux USA la créativité prend de plus en plus le pas et
les chaines la tolèrent au maximum tant que les audiences suivent ; en France, tant qu'on fait de l'audience pourquoi aller chercher la créativité ? Mais depuis quelques années l'audience n'est
plus là et la fiction française se trouve enfin à la croisée des chemins : multiplication des séries et abandon progressif des héros "fédérateurs" vieillisants. Nous sommes actuellement dans une
période d'adaptation, il faut que tous les auteurs apprennent à maitriser le 26' ou le 52' et utiliser tout le potentiel du format épisodique (ce que les américains font depuis plus de 30 ans !).
Je dis donc qu'il faut donner le temps aux chaines de faire confiance aux producteurs, aux producteurs de faire confiance aux auteurs, aux auteurs de faire confiance à leur talent et à leur audace.
La vraie grande série française arrive, n'en doutez pas, ce n'est qu'une question de temps.
Cependant,
in the meantime, je me pose moi-même quelques questions. En attendant, n'est-ce pas mieux pour moi aux Etats-Unis ? Je l'ai déjà dit, je kifferai grave écrire pour
FNL
ou
Rescue Me ou
BSG. Ai-je donc vraiment envie d'écrire pour la télé française ? Et bien, j'ai toujours cette petite voix, tantôt sournoise, tantôt malicieuse, qui me murmure que
je pourrais contribuer à ce renouvellement tant attendu de la fiction, que je pourrais, pourquoi pas, y jouer un petit rôle. Et puis, on a tellement d'histoires qui restent à raconter en France
qu'on a pas besoin d'aller encombrer d'avantage les studios ricains.
... mais à mesure que j'écris, que je pense, je me perds un peu dans un mélange d'inquiétude et de mélancolie, de peur que ce que je raconte, tous mes espoirs pour la fiction française ne se
réalisent en fait jamais (alors qu'énormément d'autres paramètres rentrent en ligne de compte, il faut dire que tous les pouvoirs restent concentrés dans trop peu de mains bien difficiles à
convaincre : les chaînes). D'un autre côté ce n'est absolument pas le bon moment pour partir aux States avec cette grève qui s'éternise... bref, que c'est déprimant.
Aller ! C'est décidé, je pars en Angleterre.
" Le roseau est toujours plus vert dans le marais d'à coté "
(La Petite Sirène)
bla bla